avril 23

UN COURS EN BULGARIE

0  comments

UN COURS EN BULGARIE

Nathalie

Des cours comme je les aime!

Des gens venus pour s'instruire, pour échanger, pour prendre et pour donner.

Alfredo Torres, mon amphitryon cubain et grande vedette de la télévision bulgare, n’a pas tari d’éloges sur son invité en préambule, cela en dit long sur ce Monsieur, sur ce Seigneur de la danse.

J'ai d'abord envoyé valser la valise, dans le vestiaire aux allures de réduit aménagé, et me suis changé en suivant le précepte du Quichotte disant à son écuyer: "Sancho, habille-moi lentement parce que je suis pressé".Sur la photo torse nu de l'affiche qui m'annonce on m'a gratifié d'ailes mercuriennes.

Me voyant arriver en trombe pour limiter notre retard, les élèves ont-ils jeté un regard à mes talons ? J'ai aussi pris la peine de mettre un t-shirt; le côté dieu grec du cliché, ne nous voilons pas la face, est surtout dû aux années de métier du photographe et à son matériel de pointe.

Mieux valait ne pas décevoir d'emblée l'assemblée.

Alfredo m'ayant briefé, "Montre-leur un de ces nœuds dont tu as le secret, ici ils aiment ça, un truc bien compliqué avec des bras partout et dont on s'extrait comme ce magicien... comment il s'appelait déjà ?... Houdini voilà !", je ne me suis pas fait pas prier.

La figure que j'ai réalisée avec la professeur principale, Zlatka, a tout d'abord plongé les Plovdiviens dans la stupeur. Décontenancés, ils se regardaient les uns les autres comme pour se raccrocher à un visage serein ou à un sourire d'approbation. Or il n'y en avait point.

Si la patience est la mère des vertus, la ténacité l'aide à les élever...

Sur ce point les Bulgares ont fait honneur à leur réputation de gens pugnaces et qui refusent de se laisser abattre.

Je me rappelle avoir déjà tenu des propos similaires quant à des cours donnés ailleurs. Il y a une constante, dirons-nous. Les élèves commencent par être impressionnés, puis apprivoisent la figure et gagnent en confiance à mesure que les segments s'emboîtent favorablement. Rien que de très banal.

Ce qui change d'un cours à l'autre, en sus des dispositions naturelles des membres du groupe et de l'état de forme du professeur, c'est la magie. Qui opère ou non.

 Même après toutes ces années de métier je n'ai pas d'explication

“Si la patience est la mère des vertus, la ténacité l'aide à l'élever.”

Je pourrais énumérer un grand nombre d'éléments susceptibles d'y concourir ou d'y faire obstacle, bien entendu.

Mais au final il y a magie ou pas. Et il n'est pas rare que les pronostics soient déjoués.

Nous avons deux bras. Articulés au niveau des poignets, des coudes et des épaules. Les femmes aussi. Elles et nous pouvons pivoter vers la gauche et vers la droite, changer de rythme, nous baisser, nous redresser.

Ces caractéristiques de l'être humain lambda permettent, dans l'exécution des figures des danses dites de couple, un nombre de combinaisons qu'un fou aidé d'un logiciel pourrait s'amuser à calculer. Puisque les éléments sont exhaustifs.

Comme n'importe quelle autre, la variante que je leur ai proposée peut se ramifier, à quasiment chaque étape, en une quantité inouïe de possibilités, et ainsi de suite..

Telle est la réponse que j'ai apportée à l'élève qui me demandait combien de figures de salsa il existait.

Un arbre est à n'en point douter une excellente allégorie.

Mais je n'ai pu m'empêcher de leur parler des "Cent mille milliards de poèmes" de Raymond Queneau, obtenus par des alexandrins écrits sur des languettes qu'on soulève, en changeant ainsi à de nombreuses reprises chaque ligne du sonnet de base.

L'auteur dixit:

"En comptant 45s pour lire un sonnet et 15s pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails)"

Visuellement, la comparaison n'est pas des plus heureuses.

Mais, fervent amateur de  l'Oulipo (ouvroir de littérature potentielle) j’aime citer ici et là l’un de membres éminents de cette aventure mentale.

Alfredo m'a fait l'honneur de se joindre au deuxième cours. Les participants n'en revenaient pas, car ce n'est pas du tout dans ses habitudes. Il a tellement aimé l'enchaînement que lors de la soirée il a voulu qu'on le réalise deux, trois, dix fois, en dépit du fait que nos partenaires casuelles, absentes au stage, ne connaissaient rien à la chorégraphie.

Je ne manque pas d'aplomb ! Il était l'une des vedettes du plus grand Cabaret cubain, "Tropicana", et j'ai osé enseigner ma création appelée "Vacílala Cabaret" en Rueda ! Avec des mouvements qui en étaient issus. Et il a apprécié.

J’ai récolté, au cours de ma longue carrière, de merveilleux prix de ce genre-là.



Nos autres articles

HISTOIRE DE LA SALSA

​Read More

de la caricature…

​Read More

J’AI VU LA SALSA

​Read More
{"email":"Email address invalid","url":"Website address invalid","required":"Required field missing"}
>