mai 5

HISTOIRE DE LA SALSA

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HISTOIRE DE LA SALSA

Nathalie

HISTOIRE DU CASINO (SALSA CUBAINE)


En ces temps de confinement et d'incertitude, où la danse en ligne connaît un essor retentissant, avec des vidéos de toute sorte et surtout des chorégraphies et des défis, permettez-moi de mettre l'accent sur le côté historique, et donc éminemment culturel, du phénomène salsa. 
Je vais bien entendu m'attarder sur ma spécialité, à savoir la salsa cubaine, pour antinomique que pourrait être ce mariage de mots si l'on se réfère à la vraie appellation du genre: Casino.
Il est d'avis que tous les cours de danse en ligne contiennent une partie théorique et historique , ce qui est le cas pour certains d'entre eux, malheureusement une minorité, et ce que je me ferai fort d'introduire dans
mes vidéos très prochainement. 


DANS LE MONDE DE LA SALSA CUBAINE, QUI DIT DANSE DIT FORCEMENT FONDATEURS
Ils étaient une poignée, qui dansaient, empiriquement, d'une manière différente, avec des apports, des nouveautés, des mélanges qui étaient déjà, de leur manière d'interpréter la musique, une fusion. 
Ce mot est aujourd'hui à la mode et il se voit décrié par les puristes de la salsa cubaine, lesquels puristes  semblent ignorer, qu'au départ, elle n'est rien d'autre qu'un mix spontané. 
Pour illustrer mon propos, je voudrais céder la parole à feu mon ami Lázaro "Pepe" Argote
À moins d'être un spécialiste des danses cubaines, ce nom ne vous dira rien. Et encore faut-il que vous vous soyez penché avec minutie sur l'histoire récente de la branche.
Pepe, disparu il y a peu en Équateur, était l'un des fondateurs de la deuxième étape historique du Casino. C'est sur lui que le chanteur Adalberto Alvarez s'est appuyé pour lancer le concours télévisé "Para bailar Casino"  dont sont  issus  certains des meilleurs danseurs cubains du circuit international actuel. 
Comment avons-nous sympathisé? Encore et toujours via Facebook, Facebook où je partage mes textes avant d'en faire des livres depuis déjà dix ans, Facebook dont je ne peux décemment pas dire grand mal.
J'ai eu l'immense honneur de recueillir sa vision "de l'intérieur" concernant l'histoire du Casino, qu'il m'a léguée, ce sont ses mots, comme à un fils ou à un petit frère.
En voici quelques extraits



Je mets ces réflexions et ces expériences dans les mains de celui que je considère comme étant le vrai    ambassadeur mondial de l'art cubain de la danse populaire, mon fidèle ami Esteban Isnardi.  Je lui confie ce legs, en m'en remettant à Dieu pour qu'il en fasse bon usage. Et mon cœur est tranquille car je sais qu'il ne faillira pas à sa mission.  

Lazaro  "Pepe" Argote


À la fin de l'année 1957, dans le cercle du "Casino Deportivo" de La Havane, naît spontanément le style du casino, ce qu'aujourd'hui nous appelons Baile (danse) del Casino. 



"Ce qui a motivé l'évolution des danseurs de cet endroit, ce sont les transformations des arrangements du rythme guaracha.  Celui-ci avait été créé plusieurs années auparavant déjà, mais il a commencé à avoir des tempos plus rapides qui ont obligé les danseurs à adopter plus de dynamisme.  
Je parle d'une transformation presque involontaire du Son urbain (dansé dans la capitale et qui était  très différent du Son rural que l'on pratiquait dans les provinces ) en une nouvelle danse qui a pris le nom du lieu où elle a été créée:  le Casino. 
 Il est inutile de préciser que c'était un cercle réservé à la classe moyenne de race blanche, où même le Président de la République Fulgencio Batista, métis, n'avait pas le droit de pénétrer.
Partant, la possibilité qu'il y ait eu des Noirs ou des Mulâtres parmi les fondateurs s'en trouve écartée.
Seuls les Blancs dansaient le Casino à cette époque-là, Casino qui s'est appuyé sur les danses du moment comme le jazz, le rock'n roll et, au plus près de sa filiation, le chachacha, le mambo, le Son urbain lui-même.




Aucun de ces danseurs n'avait une vraie connaissance musicale et encore moins théorique; ils étaient bien incapables de dire s'ils dansaient dans le temps ou les contretemps; ils le faisaient juste comme ça leur venait, raison pour laquelle les spécialistes s'accordent à dire que nombre d'entre eux dansaient «atravesado» (littéralement: traversés ), de travers. C'est-à-dire hors rythme.

Quelques mois après la création de ce style (on l'appelait ainsi parce qu'on le dansait sur n'importe quelle musique de l'époque, quel qu'en fût le rythme:pour nous , c'était le BAILE DEL CASINO, la DANSE DU CASINO et rien d'autre) nous assistons à l'émergence de la Rueda de Casino

C'était du pur divertissement en groupe. Avec le Danzón, on la dansait beaucoup dans les fêtes dites "des 15 ans", ces anniversaires qui revêtent une telle importance dans nos pays. 
C'est de cette manière que notre danse a évolué à l'intérieur du cercle dont je t'ai parlé, jusqu'à ce qu'en 1963 le gouvernement ne confisque tous les clubs sociaux au nom de la Révolution, pour le bien du peuple et sans distinction de race ou de statut social.

Ne rate plus rien !


La deuxième étape des fondateurs


 Dès l'année 1964, qui comme par hasard est celle de ta naissance, mon ami, ce style se répand dans toute la ville de La Havane. On ôte le L de DEL  (NA: "du" en français) et en vient à le nommer BAILE DE CASINO  . C'est alors que surgissent les meilleurs danseurs et les meilleures Ruedas. Le Patricio Lumumba était le club le plus fréquenté. C'est là qu'est née la Rueda la plus populaire de tous les temps, celle de Joaquin Roche dit "El Oso". Il y avait aussi celle du célébrissime Rosendo et celle de Juanito El Abuelo, mais la seule qui admettait que n'importe quel danseur s'y joigne était la Rueda d'El Oso. Jusqu'en 1970 les codes des pas et des figures en Rueda étaient les mêmes où que l'on se trouve dans l'île.

Le Casino connaissait un essor spectaculaire. Mais dans la décennie des 70, on a commencé à subir une récession économique, ce à quoi le monde des danses populaires n'a pas échappé. Peu à peu, elles ont disparu, et bientôt il n'est guère d'endroits où aller danser.Le Casino  s'est déplacé vers les fêtes privées, les écoles, les plantations où l'on coupait les cannes à sucre ... Peu à peu elles ont disparu, et bientôt il n'est pas resté  d'endroits où aller danser.Le Casino

En ce temps-là, il y avait un grand engouement pour des groupes de pop comme Les Beatles, ou des espagnols du nom des Mustangs, Fórmulas ou Brincos.
Je tiens à te rappeler, pour ce qui est des formations musicales qui jouaient notre musique, qu'aucune d'entre elles ne disposait de la clave comme instrument. Ce qui nous ramène à cette constatation, qui tranche avec l'avis de certains de nos collègues aujourd'hui:
la danse Casino ne s'est pas appuyée sur la clave. 

Comme je te le disais, les années 70 ont été particulièrement difficiles pour les danseurs qui allaient se déhancher sur la musique en direct, car les concerts ont commencé à quitter la scène, dans un sens littéral.En 1975 cependant, Rosendo a monté un groupe pour se produire à la télévision. Il l'a appelé ROSENDO Y SUS MUCHACHOS et j'étais l'un des membres.
 Nous étions bien décidés à ne pas laisser mourir notre style, et comptions sur l'appui de la population.  
Puis vint l'année 1978 ...
Le maillon manquant entre le pithécanthrope et l'homme. C'est ainsi que j'ai appelé ce qui s'est passé et qui a concouru à la destruction du Casino originel et aux mille controverses d'aujourd'hui à proposer des temps sur ceux sur la danse: le maillon manquant entre le Son et le Casino. Je veux parler du programme télévisuel " Para bailar" qui au demeurant suivait le noble objectif de maintenir vivantes les danses de couple en général.  
Mais c'est aussi ce qui a divisé le style dit Casino.



D'une part les danseurs empiriques (NA: bailadores), les vrais artificiers du genre , et d'autre part les danseurs d'école (NA: bailarines), ceux que je nomme en l'occurrence "les artificiels".

Le vrai motif de ces dissensions est à chercher dans les critères d'évaluation du jury, où j'officiais en compagnie d'ailleurs de Rosendo, car je n'ai pas eu besoin de te dire qu'il s'agissait d'un concours de danse pour le petit écran. Et plus précisément dans l'évaluation technique ...
J'explique: il y avait des membres du Ballet de la télévision parmi les juges et, comme le Casino n'apparaissait dans aucun registre ou manuel pédagogique du pays, il a été entendu qu 'on devait qualifier les couples sur la seule base du respect des temps rythmiques et de la clave de Son. C'est pourquoi les grands "casineros" du moment ont été éliminés, puisqu'ils dansaient sans tenir compte de ces carcans, en dehors de toute rigidité anti-nature, si on se réfère à la nature même de notre danse.
Cela m'avait horripilé.
Toutefois, en dépit des réticences de certains d'entre nous, une nouvelle forme de Casino se dessinait, avec à sa tête Angel Santos, vainqueur de la tournée annuelle du programme.
La mèche de la polémique s'allumait.

Angel Santos était devenu le "patron" sur lequel on devait se calquer, et celles et ceux qui voulaient être pris en considération comme danseurs ont dû emprunter  cette voie.


LA VOIE DU SON AVEC DES FIGURES DE CASINO


Si je m'exprime de la sorte c'est parce que le  Casino tel qu'on le conçoit de nos jours à un certain niveau jn'a plus rien à voir avec celui de ses origines, lequel survit néanmoins dans une partie de la population qui danse encore pour s'amuser. 
C'est aussi valable évidemment pour la Rueda.
La rueda a toujours été dansée de manière improvisée, en suivant les noms scandés par le guide. Actuellement on voit surtout des chorégraphies bien répétées, minutieusement préparées et qui lui ôtent son charme intrinsèque lié à la surprise et à l'explosivité dans la réaction, attendu que les pas, les tours et les combinaisons s'enchaînent selon un ordre connu d ' avance.
Il est à noter que la Rueda ne peut pas se revendiquer du Son.

Son lignage est constitué du Danzon et de la Contrandanza.De là surgissent les premiers pas, les appellations d'origine, les fondamentaux de la Rueda: ABAJO, ARRIBA, PASÉALA, LA ROSCA, LA ROSA, ADIÓS E IZQUIERDA entre autres.
Dans les années 80 et 90, sur lesquelles je passe en coup de vent, les danseurs demeurés dans l'île ont su garder et perpétuer la tradition. Mais tel ne fut pas le cas pour les professeurs émigrés et les élèves qu'ils formaient à l'étranger. C'est ainsi qu'en l'an 2000, soucieux de rappeler aux gens qui étaient les formes de départ, j'ai voulu remettre au goût du jour les Ruedas de Joaquin Roche "El Oso".
Pour ce faire, avec le grand Adalberto Àlvarez et le directeur de la télévision Victor Torres, nous avons élaboré une suite de l'expression "Para bailar" en ajoutant au titre bien connu le mot "Casino".Le but était de convoquer les fondateurs en activité et de promouvoir les Ruedas originelles


Tout s'est déroulé comme prévu jusqu'à la première compétition annuelle, pour laquelle Torres a de nouveau rassemblé un jury de professionnels de la danse totalement inexpérimentés en la matière. De surcroît, il a décidé d'introduire d'autres rythmes cubains dans le programme du tournoi. Et ce qui devait arriver arriva. La finale a été dénaturée par ces paramètres et vilipendée par le public, désagréablement surprise par la tournure des événements. Ni Adalberto ni moi-même avons pu éviter l'hécatombe. À partir de là, des spécialistes de la danse ont voulu s'attendre aux droits qu'ils n'avaient pas en écrivant des livres sur le Casino et la Rueda.Tous se sont soldés par des échecs.

Le seul ouvrage que j'appuie et recommande à 100% est LA HISTORIA DEL BAILE Y LA RUEDA DE CASINO - SALSA, d'Alan Borges et Alicia Sardiñas, édité en 2012. 


Et, s'il a mon aval, c'est parce qu'il s'agit de deux des fondateurs et qu'ils ont su s'attacher mes services ainsi que ceux de 50 compagnons de route tout au long de la rédaction de l 'œuvre. 
Il arrive que des chercheurs soient très professionnels et irréprochablement soigneux, mais qu'ils aient recueilli des informations inexactes et invérifiables.
Celui qui vit l'histoire de A à Z n'a nul besoin de s'adonner à des investigations. 
Il n'a qu'à se rappeler les choses pour les revivre.

Le meilleur des récits passe par le vécu.Je tenais à te faire partie de mon témoignage.
Et laisse-moi y aller d'une anecdote en guise de conclusion. Ça va te plaire, c'est à proposer de mon surnom: 
Un jour, j'avais onze ans, Benny était à la maison et en voyant mes yeux, que j'ai toujours eu bridés, il a demandé si j'avais sommeil ou s'ils étaient toujours comme ça. Par la suite il me demandait de danser pour lui en me disant: "CARA DE SUEÑO (visage ensommeillé) j'ai envie de voir comment tu danses, vas-y!" 
Je dois donc le sobriquet que tu connais au plus grand musicien cubain de l'Histoire!
Le chanteur à peine moins célèbre Roberto Faz était aussi chez nous, et des années plus tard, quand il m'annonçait au micro, il m 'encourageait par un tonitruant: Arriba Cara de Sueno!
Notre ami commun Roynet, qui t'a invité dans son école finlandaise et à qui j'ai mis le pied à l'étrier, connaît très bien ces épisodes pittoresques.
Je suis content de l'avoir devancé et de pouvoir te l'apprendre personnellement. "




Il est à noter que les danseurs et danseuses des premières époques se crêpent parfois le chignon quant à la véracité de telle ou telle anecdote.
Dans le monde de la salsa cubaine, ou dans la salsa cubaine dans le monde, il n'est donc pas facile de discerner le vrai du faux, ou du moins d'arriver à dûment sarcler, le bon grain se confondant avec l'ivraie.Qui donc dit vrai? 
Je pense que chaque témoin privilégié de ces premiers pas a vécu l ' Histoire de manière personnelle, et ce qu 'il raconte est "son" histoire ".La petite dans la grande. Comme l'on met les plats. Comme il se doit.
Ne cherchez pas de vérité universelle en matière, acceptez la part d'aléatoire et de subjectivité qui accompagne la naissance de la salsa cubaine. 
Tel est l'attrait, le goût particulier, la saveur délectable de cette fabuleuse épopée.
C'est une «sauce» qui prend. Et qui surprend.
Dans mes cours de danse en ligne, lors des formations que je propose, je m'emploierai à illustrer ces propos de mille et une manières. 
Je m'en réjouis déjà.
Mon cœur bat la clave de joie.


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