avril 9

de la caricature…

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de la caricature…

Nathalie

Un grand de notre art disait que la bonne caricature oblige le modèle à ressembler au dessin.

Après ce trait d’esprit, aussi somptueux que son trait de crayon, il est difficile de faire aussi bien en ce qui concerne une tentative de définition.


LA CARICATURE EST UN ART DE FUNAMBULE

Esteban ISNARDI

Lors d’une interview télévisée, j’avais dit que la caricature est au portrait ce que la sensation thermique est à la température mesurée en degrés. Celle-ci représente une réalité chiffrée mais c’est la première que l’on ressent. Ma phrase, sibylline pour l’époque, car on ne parlait pas encore de sensation ressentie en Europe, fut coupée au montage.

La caricature est un art de funambule, finalement.

Tout au long du dessin nous marchons sur une corde raide. D’un côté, le risque de tomber dans l’exagération démesurée au détriment de la ressemblance. De l’autre, celui d’être pusillanime en collant trop à la réalité.

Dans un cas comme dans l’autre, le dessin est raté. Et nous tombons de haut.

Ce qu’il faut, c’est avoir le courage de se fier à sa première impression, tout en ayant le souci constant de rendre l’œuvre reconnaissable au premier regard.

Mais permettez que j’aie recours à des paronymes pour illustrer deux idées qui me tiennent à cœur en ce qui concerne cet art ardu :





“C'est par effraction que le caricaturiste entre dans un visage"



L’INTUITION



Le caricaturiste ne voit pas les gens comme dans un miroir déformant.

Il est comme vous et moi, bon... surtout comme moi, et il ne règle son regard sur « caricature » qu’au moment d’accomplir son travail.

Cela veut donc dire qu’il doit effectuer un mouvement. Celui d’ouvrir les vannes de son intuition.

Appréhender intuitivement un visage revient à en saisir les dominantes, certes, mais plus encore à souscrire sans ambages aux effets de rétrécissement ou d’allongement, de contraction ou d’étirement qui s’imposent, je dis bien s’imposent à l’artiste s’étant mis « en état de caricature ».

Jamais il ne doit s’écarter de ce ressenti liminaire.

Le premier regard qu’il porte sur le modèle est juste.

Le second atténue. Comme rappelé à l’ordre par la réalité.

Le premier est inspiré.

Le deuxième, aspiré.





L’INTRUSION




C’est par effraction que le caricaturiste entre dans un visage.


Il fait irruption. C’est une tornade, un ouragan. Il bouscule tout sur son passage, à commencer par les conventions, et il emporte avec lui des secrets d’alcôve, des rêves brisés, des joies éclatantes, des pourquoi, des parce que, peut-être des peut-être.

Puis il les expose au grand jour, sur l’étal principal de la grande place.

Une caricature est une mise à sac, une mise à nu, un attentat à la pudeur.

Le plus étonnant, c’est qu’on en redemande.

On veut se voir ainsi exposé.

On veut être percé à jour, presque sans frais et sous couleur de rire.

J’ai bien dit presque.

La très bonne caricature est, bien souvent, celle qui ne ferait presque pas rire son modèle.

Dessinateur dénonciateur.

Approcheur de vérités.

Miroir informant.

Son rôle social est encore mal défini, mais il a à voir avec ce que l’on purge, avec ce qu’on avoue, avec ce qu’on libère.

P.S

Ce n’est pas le moindre de ses tours de force que d’être rémunéré par la victime de son saccage.

Vous voyez. Le caricaturiste fait aussi de la caricature écrite. Il grossit le trait. Mais ne confondez pas son art avec la grossièreté.

Il joue l’outrance, jamais l’outrage.

Il en va ainsi, en tous les cas, pour le caricaturiste qui se respecte.

Qui cherche à révéler un caractère.

Qui étudie ce qu’un visage peut receler.

Son matériel est composé de feuilles, de pinceaux, de crayons et de gommes, ou d’un support digital pour les plus modernes. Mais, dans sa tête, il revêt une résistante combinaison d’explorateur.

Et il s’en va, sur les terres accidentées de la physionomie, avec l’espoir de découvrir quelque chose de sous-jacent, de précieux,  de profond.

Il sait bien qu’il n’a rien d’un sorcier. En revanche, il a l’effronterie de se vouloir un peu sourcier.

E. Isnardi


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